Synthèse finale du colloque:
Par Michel Brémont, Vice-président du Conseil général des Côtes dArmor
La Manche, qui est l'une des principales routes maritimes mondiales, a vu passer en 2006 environ 20 % du trafic maritime mondial. La configuration géographique particulière de cette zone à forte densité de trafic en fait un véritable goulet détranglement, où de multiples flux commerciaux sentremêlent et les conflits dusage sont nombreux. Par conséquent, si la sécurité maritime est déjà un enjeu essentiel de lespace Manche, elle tendra à le devenir encore davantage dans les années à venir.
La Manche nest pas seulement une zone à forte densité de trafic, elle est aussi, de fait, une zone très accidentogène. Avec près de 860 000 tonnes de produits dangereux transportés par jour en 2006, un accident maritime a tôt fait davoir des conséquences majeures pour lenvironnement et les populations riveraines, compte tenu de la forte anthropisation des littoraux et de la présence de nombreuses zones naturelles sensibles.
Lanalyse, au cours de cette étude, des principales pollutions survenues dans la Manche, prouve que de tels événements dommageables se produisent régulièrement dans cet espace. On saperçoit toutefois que si la fréquence des pollutions par hydrocarbures tend à diminuer, les pollutions par produits chimiques et par conteneurs tendent à augmenter, sans que nous puissions disposer de chiffres fiables pour les quantifier. En conséquence, le risque de pollution maritime en Manche ne diminue pas, il change de nature et se complexifie. En matière de sécurité maritime, la Manche constitue donc une zone à haut risque, très spécifique par rapport aux autres façades maritimes européennes et mondiales.
Les autorités maritimes françaises et britanniques lont dailleurs bien compris, et depuis les années 1970, développent des accords de coopération et des partenariats renforcés en matière de sécurité maritime. Très tôt, elles ont eu conscience de devoir gérer cet espace en commun, ce qui donne lieu aujourdhui à lune des coopérations les plus développées et opérationnelles en matière de sécurité maritime.
À terre, les gestions française et britannique des pollutions maritimes diffèrent. Il ny a pas lieu de tenter de les rapprocher. Néanmoins, cette étude montre que les autorités, notamment les autorités locales, ont grand intérêt à connaître le mode de fonctionnement de leurs homologues Outre-Manche (françaises ou britanniques). Il ne sagit pas de transposer un système vers lautre mais déchanger de bonnes pratiques : phases préparatoires, planification durgence, formations et exercices
Cest là tout lintérêt des programmes européens : créer du lien entre les acteurs et échanger sur les difficultés rencontrées et sur les solutions apportées par chacun. Sur ce point, cette étude est loccasion déchanges très fructueux entre les partenaires français et britanniques.
Cette étude EMDI, menée par VIGIPOL, lUniversité de Plymouth et lAMRIE, et coordonnée par le Conseil Général des Côtes dArmor (Direction Infrastructures et Transports et Mission Europe International), a démontré tout lintérêt de lespace Manche comme zone détude pertinente pour la sécurité maritime.
A loccasion de ce séminaire, qui avait pour but de rendre compte des résultats de cette étude, les interventions particulières intéressantes qui nous ont été données de suivre, et dont je remercie par ailleurs les auteurs, nous permettent, en guise de conclusion, de proposer plusieurs pistes de coopération communes entre les autorités locales françaises et britanniques.
Plusieurs pistes de coopération communes peuvent aujourdhui être envisagées :
1. Poursuivre la conduite détudes spécifiques à la Manche en raison de la cohérence de cet espace.
2. Développer la collecte et le traitement de données homogènes et comparables de part et dautre de la Manche, de façon continue dans le temps, sur le trafic maritime et la vulnérabilité des espaces littoraux.
3. Créer une base de données commune transmanche sur le trafic maritime et la vulnérabilité des espaces littoraux accessible aux décideurs et aux chercheurs.
4. Améliorer lévaluation des risques et affiner les mesures de prévention et de préparation.
5. Poursuivre léchange de bonnes pratiques entre les autorités terrestres françaises et britanniques, en particulier en matière de formation et dexercice.